Emoi et Hamas…
La victoire sans appel du Hamas lors des législatives palestiniennes du 25 janvier 2006, n'a pas fini de susciter la polémique. En cause, la volonté affichée par ce mouvement de résistance islamique de rayer Israël de la carte. Formée en 1987, au moment du déclenchement de la 1e Intifada, l'organisation très décriée a cependant gagné l'élection dans les urnes, et non par les armes. Raisons invoquées pour expliquer ce ras-de-marée électoral hautement contesté ? La forte implication sociale de l'organisation, conjuguée à la faillite du processu de paix, à un chômage endémique et à la corruption galopante du parti au pouvoir, le Fatah. D'où une forte volonté de changer la donne au sein de la population palestinienne. Reste espérer pour elle que le pire ne soit pas encore venir !
Bonnes raisons de moins se plaindre…
De nos jours, quelques 246 millions d'enfants n'ont toujours pas la chance de pouvoir connaître l'insouciance. Embauchés pour des salaires de misère, ils accomplissent de basses besognes à moindres frais, victimes d'une pauvreté qui ne leur laisse pas d'alternative. Au Bangladesh, ils sont 4,9 millions, âgés de 5 à 15 ans, à devoir travailler dans des conditions souvent honteuses. Et ce, jusqu'à 12 h. par jour. Dans ce pays très pauvre, la malnutrition et l'analphabétisme cantonnent en effet les habitants dans des travaux précaires. Sans perspectives d'avenir, ils ne font que survivre !
La naïveté, une profession de foi
Je n'ai pas vu la guerre de mes propres yeux. Seulement en images… Atroces. Je n'ai pas vu la guerre de mes propres yeux, et je ne le veux pas. Pas taillée pour ça. Pas capable de ça…
Mais ce que je vois, c'est le droit de chacun à ne pas être humilié devant les siens. Le droit au boire et au manger. à la sécurité de ceux qu'on aime.
Le droit à une vie digne, sans amputer les lendemains. Sans abdiquer contre les chiens. Se battre dos à main.
Je n'ai pas vu la guerre. Et je ne le veux pas. Laissez-moi cette chance-là.
Considérations du matin…
Tellement dépendante de ceux que j'aime. Et qui vieillissent… Ou partent. Tant essayé de l'oublier. De m'immuniser. Tant et tant que j'ai fini par y croire. Me penser affranchie. A ne plus regarder autour de moi. Ne pas penser. Ne plus m'attacher et même parfios me détacher. Mais non. Besoin des autres. De certains autres. D'eux.
Quand on a la chance de la pouvoir, on pense, enfant, la vie plus belle qu'elle ne l'est. Le monde, sans médiocrité. Par la force de l'imaginaire et de la tendresse, autrement on l'a rêvé. Mais, un jour, il nous faut découvrir le sens du mot compromis. Comprimission aussi. Certains appellent ça grandir. Que le soleil ne brille souvent que par son absence, il nous faut l'accepter aussi. Savoir que non. Ou, plutôt, que si. Pas la choix. Sauf peut-être…
Se contenter des choses simples. D'un sourire échangé. D'un bonjour du fond du coeur. Et tant de choses à occulter. Les couloirs sales, les métros puants et la course contre le temps. Les visages éteints et certains gestes malsains… Mais, parfois, une main tendue. Une belle rencontre. Parfois… Juste assez pour puiser la force de continuer. L'envie d'essayer.
Le rubis : un envers du décor peu rutilant
Le rubis : un envers du décor peu rutilant !
Le rubis est la plus rare de toutes les pierres précieuses. Un symbole de puissance et de passion qui s'arrache à n'importe quel prix L'appelation "Goutte de sang de la terre mère" que lui donnent les orientaux est en effet loin d'être univoque. Si ce surnom n'est a priori dû qu'à sa couleur, il rend aussi parfaitement compte de tous les efforts, sacrifices et dangers qu'impliquent son extraction et son commerce. En Birmanie, d'où proviennent les plus beaux spécimens, ces pierres précieuses fournissent un apport financier non négligeable à la junte militaire au pouvoir. Au Cambodge, l'argent de ce commerce a en outre permis de financer bon nombre des armes dont se sont servis les Khmers rouges. Voilà ce qui s'appelle un coût vraiment exorbitant !
Quand les anges nous ouvrent leurs bras
WIM WENDERS
Réalisateur prolifique (voir filmographie à la fin), l'allemand Wim Wenders a du attendre « Les Ailes du désir » pour que, comme par la magie du titre, la bourrasque du succès l’emporte sur le devant de la scène cinématographique. Si sa production est hétéroclite en termes qualitatifs comme de style, reste une indéniable patte Wim Wenders à laquelle je ne peux que rendre hommage. Et quelques chefs-d’œuvre indéniables tels que « Buena Vista Social Club » ou encore « The End of Violence ».
DEAD MAN : SYNOPSIS
Le régime d’Allemagne de l’Est nous avait appris, en 1961, qu’il pouvait y avoir un mur dans Berlin. En réalisant ce film en 1987, Wim Wenders nous rappelle qu’il y a aussi un ciel au-dessus de cette ville. Et peut-être même des anges chargés de veiller sur nous et qui connaissent nos états d’âme dans leur moindre recoins jusqu’aux plus profonds. Des anges qui nous rappellent des joies aussi simples que celles de sauter à cloche-pied, de chantonner, de tracer des bonhommes sur les buées des vitres et tant d’autre encore. Ce plaisir des hommes, charnel, auxquels eux ne sont pourtant pas près de goûter, quelques proches de nous qu’ils se trouvent. Car, immortel, ils sont condamnés à l’immatérialité. Une condamnation bien dure pour l’un d’entre eux, ce Cassiel interprété de main de maître par Otto Sander. Depuis que, aux côtés de son compère Bruno Ganz alias Damiel, son regard a croisé la route de Marion, trapéziste, il n’a plus qu’un rêve : devenir à son tour mortel. Lorsque, déposant ses ailes, il franchit le pas qui le mène à l’humanité et à celle qu’il aime, ses pieds se mettent à laisser des traces dans le sable. Comme un enfant avide, il contemple tous les petits miracles du quotidien et nous les rappelle au passage. Et c’est avec la plus grande des joies qu’il parcourt ce court chemin qui le sépare encore de celle qu’il sait lui être promise.
COMMENTAIRE :
Un film à voir absolument malgré les cinq dernières minutes qui explicitent une morale et une histoire laissées jusque là finement tacites et laisse un petit arrière-goût de dommage. En V.O. même pour les non germanophones car, le scénario ayant été co-écrit par l’écrivain Peter Handke, l’allemand y acquiert ici une dimension nouvelle. Celle de la grâce de l’ange aux confins de consonances que l’ont qualifie bien souvent de barbares. Si vous avez aimé ce film, et malgré quelques réticences personnelles, je vous invite aussi à en voir la suite « Si Loin si proche », qui se déroule après la chute du mur et commence à l’instant exact où, à l’instar de Damiel autrefois, Cassiel décide à son tour de quitter le monde des dieux pour celui des hommes.
A titre indicatif, sachez aussi qu’un remake américain des « Ailes du désir » a été tourné en 1998 par Brad Silberling sous le titre bien connu « La cité des Anges ».
DISTRIBUTION :
Bruno GANZ : Damiel
Solveig DOMMARTIN : Marion
Otto SANDER : Cassiel
Curt BOIS : Homer
Peter FALK : Lui-même et ange devenu homme
FILMOGRAPHIE DE WIM WENDERS :
« Land of plenty » (2004)
« The Soul of a man (2003) », avec Keith B. Brown, Chris Thomas King
« Viel passiert Der BAP Film » (2002)
« The Million Dollar Hotel » (1999), avec Mel Gibson, Gloria Stuart
« Buena Vista Social Club » (1998), avec Compay Segundo, Eliades Ochoa
« The End of Violence » (1997), avec Andie MacDowell, Gabriel Byrne
« Lumière et compagnie (1995) de Lasse Hallström, Abbas Kiarostami avec Pernilla August, Romane Bohringer
« Par-delà les nuages » (Al di là delle nuvole) (1995) de Michelangelo Antonioni, Wim Wenders avec Fanny Ardant, John Malkovich
« Lisbonne story » (Lisbon story) (1994), avec Rüdiger Vogler, Patrick Bauchau
« loin, si proche » (In weiter ferne, so nah !) (1992), avec Otto Sander, Bruno Ganz
« Jusqu'au bout du monde » (Bis ans Ende der Welt) (1991), avec Rüdiger Vogler, Jeanne Moreau
« Les Ailes du désir » (Der Himmel über Berlin) (1987), avec Bruno Ganz, Peter Falk
« Tokyo-ga » (1985), avec Werner Herzog, Chishu Ryu
« Paris, Texas » (1984), avec Harry Dean Stanton, Nastassja Kinski
« Hammett » (1982), avec Frederic Forrest, Peter Boyle
« Chambre 666, n'importe quand (1982) », avec Michelangelo Antonioni, Rainer Werner Fassbinder
« L'Etat des choses (Der Stand der Dinge) » (1981), avec Patrick Bauchau, Viva Auder
« Nick's Movie » (Lighting over water) (1980) avec Nicholas Ray, Ronee Blakley
« L'Ami américain » (Der Amerikanische Freund – The American friend) (1977), avec Dennis Hopper, Bruno Ganz
« Au fil du temps » (Im Lauf der Zeit) (1975), avec Rüdiger Vogler, Lisa Kreuzer
« Faux mouvement » (Falsche Bewegung) (1975), avec Rüdiger Vogler, Hanna Schygulla
« Alice dans les villes » (Alice in der Staten) (1973), avec Rüdiger Vogler, Yella Rottlander
« La Lettre écarlate » (Der Scharlachrote Buchstabe) (1972), avec Senta Berger, Hans-Christian Blech
« L'Angoisse du gardien de but au moment du penalty » (Die Angst des Tormannes beim Elfmeter) (1971), avec Arthur Brauss, Kai Fisher
« Un été dans la ville » (Summer in the city) (1970), avec Hanns Zischler, Gerd Stein
« Alabama : 2000 Light Years from Home » (1969) de Wim Wenders
« Game Player Shoots Again » (1968)
« Don't come knockin' »
Les Madrassas, des écoles pour terroristes ?
12 000. C'est le nombre d'écoles coraniques dissminées à travers le Pakistan. Alternative à l'école payante, leur effectif s'élève à quelque 1 million et demi de jeunes, âgés de 5 à 18 ans. Ces chiffres en effraient plus d'un. En effet, si tous les élèves des madrassas pakistanaises ne deviendront pas terroristes, la plupart des kamikazes y ont d'abord fait leurs armes. Londres, Charm El-Cheikh… Dans les deux cas, les soupons des enquêteurs s'orientent ainsi vers le Pakistan, qui apparaît comme le foyer du terrorisme islamiste. Plus particulièrement en ligne de mire, ses madrassas, qui sont considérées comme étant à la base des réseaux fondamentalistes, et dans lesquelles certains kamikazes de Londres ont séjourné. La faute à un certain nombre de théologiens aussi extrêmistes que peu scrupuleux, qui profitent de leur position dominante pour endoctriner de jeunes musulmans. Et ce, en dehors de tout contrôle d'état, ou presque. Ce qui ne doit pas faire oublier que ces écoles sont les seules à offrir un minimum d'éducation gratuite aux nombreux enfants pauvres du pays. Indispensables autant que dangereuses !
Réfractaires aux Westerns ?
JIM JARMUSH
Réalisateur aux multiples succès, Jim Jarmush n’en est pas à son coup d’essai lorsque, en 1995, il présente « Dead Man » au public. Un public qui, de l’émouvant « Stranger Than Paradise » en 1984 au superbe « Night on Earth » en 1991 en passant par l’hilarant « Down by Law » en 1986 (voir filmographie complète à la fin, que je vous épargne ici), a appris à connaître et à apprécier comme un des meilleurs du cinéma indépendant américain, l’univers du réalisateur. Il faut dire que Jarmush ne laisse rien au hasard : dans chacun de ses films, tout est léché jusqu’aux moindres détails. A la limite de l’esthétisant si cela peut être considéré comme un reproche. Gestion incroyable du noir et blanc qu’il affectionne, respect du silence et des images qui confine au contemplatif pictural, bandes originales réalisées par les plus grands, chaque Jarmush se savoure comme un délice. Sans oublier ses castings : Begnini, Tom Waits, Geena Rowlands, Béatrice Dalle, Winona Ryder, tous sont passés sous l’œil de sa caméra. Pour notre plus grand plaisir.
DEAD MAN : SYNOPSIS
A voir s’accumuler tant de succès pour un réalisateur dont je suivais le parcours depuis quelque temps, la sortie de « Dead Man » s’annonçait comme un rendez-vous à ne pas manquer. Et grand bien m’en a pris tant ce film est digne de ses prédécesseurs tout en marquant la faculté incroyable de renouvellement du réalisateur à chacune de ses productions. A croire qu’il excelle dans toutes les formes, depuis le kaléïdoscope d’histoires mises bout à bout (« Night on Earth ») jusqu’à cet étonnant film que l’on hésite à qualifier de Western -même si l’on y rencontre moult « cow boys » et indiens-, tant il est difficilement catégorisable (comme tout grand art). Un film presque stylisé, en noir et blanc, qui se déroule dans les confins de l’Ouest américain à la seconde moitié du XIXe siècle et où Johnny Depp, acteur principal, interprète magistralement le rôle de William Blake. Lorsque s’ouvre le film, nous le découvrons, jeune comptable, la valise à la main, rejoindre l’orient américain de la ruée pour un travail qu’il ne trouvera pas. L’occasion d’un voyage en train quasi silencieux en une succession d’images plus superbes les unes que les autres. Puis la découverte en véritable plongée dans une ville, nouvelle, à la rencontre de ses mœurs insoupçonnées comme une restitution de cette histoire inexistante que l’Amérique se cherche tant. A la rencontre aussi d’un Robert Mitchum plus étonnant que jamais en notable vindicatif qui, à la suite d’un crime et d’un quiproquo tragique, fera poursuivre le jeune Blake de deux de ses tueurs. Commence alors une longue poursuite à travers les vastes étendues californiennes au cours de laquelle nous suivons ces deux êtres dans leur quête du gage et le jeune homme dans sa fuite. Perdu et blessé, il rencontre "Nobody", un étrange Amérindien marginal, qui croit reconnaître en lui le défunt poète anglais du même nom. Tous deux unissent alors leurs chemins pour se rendre côte à côte vers leur destinée improbable, qui amène le spectateur à réfléchir sur les fondements de la loi et les limites de la norme. Une destinée qui fait de Blake, blessé, un hors-la-loi et un tueur, alors que nous voyons son existence physique s'éloigner lentement. Dead man du titre, il l’est tout au long de cette quête, cet homme avec qui l’on souffre dans une extase de beauté et qui, nous emmenant avec lui jusqu’au bord de la rive, nous ouvre des yeux sur bien des choses.
COMMENTAIRE:
Notons, pour l'anecdote, que Iggy Pop interprète un petit rôle dans ce film. Un film à voir absolument, mais en bande originale pour savourer en plus la beauté de la langue que Jarmush déploie. J’espère que, à travers ce voyage initiatique étiqueté « neo-western » mais bien plus que cela (puisque l’on y rit même !), vous ne resterez comme moi, insensibles ni à la beauté des images et des silences, ni à celle de la musique signée Neil Young. Et que cela vous donnera envie d’en savoir plus non seulement sur le film (auquel cas je vous invite à suivre ce lien pour découvrir la bande-annonce : http://membres.lycos.fr/williamblake/), mais encore sur les autres du même réalisateur.
DISTRIBUTION:
•JOHNNY DEPP – William Blake
•GARY FARMER – Nobody
•MILI AVITAL – Thell Russel
•ROBERT MITCHUM – John Dickenson
•GABRIEL BYRNE – Charlie Dickenson
•JOHN HURT – John Scofield
•LANCE HENRIKSEN- Cole Wilson
•MICHAEL WINCOTT – Conway Twill
•IGGY POP – Salvatore "Sally" Jenco
•BILLY BOB THORNTON – Big George Drakilious
•JARRED HARRIS – Benmont Tench
•CRISPIN GLOVER – Train fireman
FILMOGRAPHIE DE JARMUSH :
• "Coffee and cigarettes", avec Roberto Benigni, Steven Wright (2002) • "Ghost Dog: la voie du samourai", avec Forest Whitaker, John Tormey (1999)
• "Year of the Horse" avec Ralph Molina, Frank Sampedro (1997)
• "Dead Man", avec Johnny Depp, Gary Farmer (1995)
• Mystery train de Jim Jarmusch avec Nicoletta Braschi, Youki Kudoh (1989)
• "Down by Law", avec Tom Waits, John Lurie (1986)
•• Coffee and cigarettes I de Jim Jarmusch avec Roberto Benigni, Steven Wright (1986)
• "Night on Earth", avec Gena Rowlands, Béatrice Dalle (1990)
• "Stranger than Paradise", avec John Lurie, Eszter Balint (1984)
• "Permanent Vacation", avec John Lurie, Chris Parker (1980)
Mythes et Moyen-Age au pays du soleil levant
Chef d'oeuvre du cinéma japonais, "Les Contes de la lune vague après la pluie" de Kenji Mizoguchi n'ont pas usurpé leur Lion d'argent au festival de Venise de 1953. Car durant les 1h37 que dure ce magnifique conte initiatique, le réalisateur nous entraîne au fin fond d'un Moyen Age nippon tel qu'on ne se le serait jamais imaginé et qui nous enseigne tant et tant qu'il est dur de le résumer.
Notons tout d'abord que le système des genres cinématographiques japonais n'est pas du tout calqué sur la taxinomie qui a cours à Hollywood (où l'on choisit entre westerns, films noirs, comédies, mélodrames, etc.). Traditionnellement, les Japonais accordent la plus grande importance à la période à laquelle se déroule le récit. Ils distinguent ainsi les drames contemporains (gendaï-jeki) des films d'époque (jidaï-jeki) ou des films Meiji (Meiji-mono)…
C'est à cette dernière catégorie qu'appartient le film de Mizoguchi, au titre si évocateur. Et c'est ainsi que l'on découvre Genjuro et son beau frère Tobe , ainsi que leur épouses respectives, Miyagi et Ohama, tous les quatre paysans au bord du lac Biwa à la fin du seizième siècle. Une bien modeste situation que l'on partage pourtant au bord de l'extase esthétique. Certes, peu de perspectives entre champs et poteries, mais tout pour être heureux … Tout, si ce n'est l'ambition qui ronge les deux hommes en dedans et son pendant extérieur qu'est la guerre qui rôde.
Lorsqu'elle éclate, elle va révéler chez eux des désirs irrépressibles qui vont les pousser à sacrifier leur famille et leur travail en pleine tourmente. Avide de richesse, Genjuro sombrera ainsi dans les bras d'une dame Wasaka splendide mais si inquiétante… Et lorsque penaud, il reprendra le chemin du village pour retrouver sa femme et son fils grandi, il ne retrouvera pas le foyer inchangé. Tout comme son beau-frère, parti lui aussi sur le sentier de la gloire du Samouraï et qui, arrivé à ce statut en tant qu'usurpateur, retrouvera une femme souillée.
Dans cette fresque superbe qui joue du noir et blanc avec un art consommé et nous plonge dans l'histoire comme on n'aurait osé le rêver, Mizoguchi réconcilie imprégnation symbolique, roman initiatique et expérience didactique. Un véritable bijou ciselé de main de maître que ce retour au presque même riche de leçons et sublime d'évocations. Un film à voir absolument, qui n'a pas pris une ride si ce n'est celle de la sagesse et qui nous laisse, presque orphelins de tant de génie(s), le vague à l'âme lorsque le mot fin s'incrit sur l'écran.
Plongeons dans le volcan
MISE EN GARDE ET HERMÉTISME
-A lire les critiques dithyrambiques qui accompagnent ce livre, on ne comprend pas pourquoi « Au-dessus du volcan » ne figure pas dans la liste de nos classiques. « Un chef-d’œuvre comme il n’y en a pas dix par siècle » à en croire « Le Monde », ou encore « une œuvre prodigieuse, bouleversante, impossible à épuiser » si l’on s’en tient à la critique de Maurice Nadeau. Pourtant, la clé de cet anonymat qui entoure le nom de Malcom Lowry n’est pas le fait du hasard et se résume en un seul mot : hermétisme. Tel est en effet l’écueil dans lequel risque de sombrer tout lecteur mal averti.
Car, autant vous le dire tout de suite, quiconque hait la sensation de devoir relire cinq fois le même paragraphe pour en appréhender le sens trouvera assurément dans ce livre son meilleur ennemi.
L’écriture de Lowry, pour être magistrale, n’en est pas moins si exigeante qu’elle s’apparente à l’intransigeance. Lecteurs paresseux et bruits de fond s’abstenir ! Une idée que Maurice Nadeau résume très bien dans l’avant-propos : « Ce chef d’œuvre n’ouvre point ses portes à tous les vents. Il se présente comme un monde clos, hérissé de défenses et entouré de remparts. On n’y peut pénétrer qu’après plusieurs tentatives d’escalade et par effraction. » Indéniable que cette affirmation. Tout autant que celle qui veut qu’il « existe une étrange confrérie : celle des amis de Malcom Lowry » et que « utilisé par certains comme un sésame, son nom est pour d’autres un test qui sépare facilement l’humanité en deux camps ».
Tâchons de débrouiller quelques fils avant de vous laisser tenter de pénétrer son univers aussi luxuriant que labyrinthèsque.
L’HISTOIRE
Tout entier inscrit dans le mysticisme kabbalistique du chiffre 12, improbable fil d’Ariane, ce roman en spirale nous conte en autant de chapitres à l’énonciation mystérieuse, le dernier jour de la vie de Geoffrey Firmin. Un consul en poste à Quauhnahuac et qui, tout imbibé d’alcool qu’il soit et quelque précaire que soit son statut à un moment de rupture diplomatique entre l’Angleterre et le Mexique, cherche à conserver sa dignité,. Plus que sa vie, ce sont les méandres éthyliques de son esprit, la profondeur de ses blessures et le palpable de ses angoisses que le diplomate anglo-indien nous invite à venir toucher. Des blessures enfouies et qui, en ce jour funeste du 1er novembre 1938, vont se réveiller jusqu’à l’engloutir. Un jour des morts qui est justement celui que, un an jour pour jour (12 mois !) après son départ, Yvonne, son ex-femme, choisit pour des retrouvailles que Geoffrey n’est pas près à assumer.
Schéma on ne peut plus rebattu que cette histoire d’amour malheureuse. Topos littéraire bien connu. Et pourtant, dans ce motif romanesque classique, Malcom Lowry puise les ressources d’un roman qui semble renouer avec un univers magique oublié où les symboles prennent vie. A l’instar de ce précipice nommé Barracca et qui borde la vie du Consul comme le ronge en dedans un gouffre, qui finira par avoir raison de lui.
Sans oublier la galerie d’histoires et de personnages secondaires, qui crée tout un jeu de miroirs et d’échos on ne peut plus fascinants. Au point de faire de ce texte un univers complet, sphériquement clos mais à strates infinies. Un univers où l’on ne finit jamais de se replonger avec délectation une fois quelques portes franchies.
L’AUTEUR
Souffrant comme son personnage d’un mal insidieux nommé éthylisme, Malcom Lowry est mort dans l’anonymat le plus total en 1957. Si l’on a bien souvent tendance à cantonner son œuvre à « Au-dessus du volcan », sachez que d’autres textes sont disponibles dans ses œuvres complètes publiées aux éditions Livre de Poche, dans la très bonne collection « Classiques Modernes ». Vous y trouverez romans, poèmes et nouvelles à vous couper le souffle.