Rien…
Rien… Chaque jour, c'est ce que mangent 11 millions d'Africains. Une réalité immonde que la presse passe volontiers sous silence. Pas la bonne époque : retour du printemps, les régimes sont plus au goût du jour. L'obésité, le mal du siècle ! Oui mais un mal occidental qui ne se discute pas le ventre vide. La corne de l'Afrique, elle, crève sans petits feux. Et dans l'indifférence quasi-générale. Des tonnes de nourriture produites chaque jour, elle n'en voit pas le menu. Non assitance à personnes en danger ? L'argument ne fait pas le poids. Pas vendre surtout, face au sentiment de déjà-vu, de redite. C'est tous les ans la même chose entend-t-on souvent. Oui mais, toujours des visages différents. Des corps interrogateurs qui n'attendent plus rien, sauf la mort. Le regard perdu de tant d'enfants… Face à ce silence complice, je clame mon droit à l'indignation. Pas de recette miracle, juste une évidente réaction. Comment continuer à se soucier de nos grammes en trop quand se jouent de tels drames ? Comment ne pas sentir l'obsénité de nos "slimfast" dans un monde où 1 milliard de personnes vivent avec moins de 1 dollar par jour ? Comment continuer à s'en laver le cerveau devant des émissions débiles ? Comment oser ne pas s'en soucier ? Dire qu'on n'y peut rien ? Comment continuer à parler d'immigration choisie quand il s'agit de survie ? Qui peut encore se dire raciste dès lors qu'il réfléchit ? Je ne demande pas de réponse miracle… Juste un soupçon d'humanité.
Le robinet qui fuit
Première étape : définir la source du couinement insupportable. Insidieusement lancinant mais toujours fuyant. Presque là mais comme inaccessible. Branle-bas de combat et passages à la loupe, rien à faire… Un animal non identifié malencontreusement en train d'agoniser bruyamment dans notre tuyauterie ? Passage systématique d'avions de chasse au dessus de notre appartement ? Bilan de ces multiples expectatives, trois longues semaines d'insomnies. Avant de tenir enfin le coupable : un trou dans le joint du robinet de la chasse d'eau des toilettes. Un joint mélomane. Un trou bien placé. Mais pas du goût de tous. Changer le joint immédiatement aurait été bien trop simple. S'ensuit une longue période de cohabitation à cinq : nous quatre colocataires et le « VOOOuiiiiIIIIIIIIIIIIIIiiiinnnnnNNNNNNNNNNnnn ». Avec un compromis sous forme de trouvaille : le bruit se tarit avec l'arrivée d'eau ! Pourquoi ne pas alors fermer le robinet ? Pourquoi ? Mais parce que robinet fermé, plus de chasse d'eau. Alors, à chaque commission, la longue attente du remplissage. Insupportablement long la nuit. Sans oublier de bien refermer le robinet en partant sous peine de devoir se relever moins de deux minutes après s'être cru enfin définitivement allongé.
L’ombre d’un géant
S'il ne s'était pas éteint en 1989, Samuel Beckett aurait aujourd'hui cent ans. Irlandais de naissance, parisien d'adoption, il reste pourtant plus que jamais présent. Pas d'interview, aucun film de lui, mais toujours ses textes, héritage legué à l'infini, de lectures en relectures. A chaque ligne, chaque pause et chaque souffle, sur scène ou dans l'espace ouvert de nos mains, ses phrases continuent de palpiter. Ses silences, d'insuffler la vie, une autre forme d'humanité à peine murmurée. Difficile de résumer son influence, de définir son apport. Juste une expérience personnelle. Prix Nobel de littérature en 1969, il est entré dans ma vie comme un tremblement de terre. Une évidence fondamentale apres laquelle rien ne pourrait plus être comme avant. Un nouveau goût aux mots, un nouveau souffle au coeur. Et surtout, une passion à jamais chevillée au corps, celle du maître, du mentor. Depuis, je poursuis cette quête qu'il m'a legué sans le savoir. Peut etre meme sans le vouloir. Comme à tant d'autres, invisible communauté de coeur… Celle de vouloir "se tromper, se tromper encore, se tromper mieux". Apres ca, inutile de dire merci. L'espace de ses hesitations suffit.