Y’avait qu’à demander !
Villepin rêvait d'une bataille pour l'emploi… Il l'a eue. Quant Chirac, toute sa carrière politique a été orientée dans un seul but : devenir le nouveau De Gaulle. Se faire plus grand que lui même. Seul hic, le costume était trop large, les couleurs du temps, trop différentes. Pas les épaules, ni le bon tissu social… Question d'époque et de mode. Retouches de ci et de là à coût de petites mesures n'y auront rien changé. Aucun événement n'aura été à même de lui offrir l'avènement tant souhaité… Même la présence de Le Pen au second tour des présidentielles de 2002. Même sa posture de chef de fil contre la guerre en Irak. Pas faute pourtant d'avoir essayé, petit président qu'on trouverait presque pauvre. A part se faire tailler d'innombrables costards, tenter d'endosser l'uniforme du général ne lui aura donc rien apporté. Chaque jour, le spectre du grand homme semblait même un peu plus s'loigner. Jusqu'au CPE ! Avec la promulgation unilatérale de cette loi injuste, notre Président se rapproche enfin de "son" Général. Le parallèle devient sinon évident, du moins possible. Comme lui, sa fin de mandat s'écrira dans la rue. Il voulait être le nouvel homme fort qui libèrerait la France de ses carcans, il aura réussi à susciter "un nouveau 68" ! Et comme de Gaulle, il partira à un moment où plus personne ne le regrettera. D'ici 2007, Chirac devrait donc voir son voeu enfin exaucé. Comme quoi, il suffit parfois de savoir attendre.
Sortie de métro
Sortie de métro
Envie de lire des signes… De décrocher la lune. Ou, au moins, un sourire. Noyée dans la société de consommation, l'absence de repères en retour de bâton… 3000 pubs par jour, à ingurgiter les yeux grand ouverts et le cerveau au bord de l'asphyxie. Entre overdose et pénurie, le vide. Le bûcher des valeurs perdues. Pas envie. Pas de ça. Pas de ce monde-là. Des millions de choses offertes, sauf l'essentiel. Du réel par millier aussi, mais si peu à rêver. L'imaginaire en berne, le secret exposé. Tant d'aliments nouveaux, le scandale chevillé à l'étiquette. Tant de besoins superflus qui nous rongent en douceur… Euthanasie consentie. Lente mais sans douleur. Pas envie. Pas de ça. Pas de ce monde-là.
Le roman selon Beckett…
Lorsque Beckett fait paraître, en 1951, son premier roman en français sous le titre de Molloy, il est déjà l'auteur de deux textes anglais encore aujourd'hui méconnus : Murphy, rédigé en 1938, et Watt, en 1945. Malgré cette absence de médiatisation de celui qui n'est pas encore le dramaturge à succès de "En attendant Godot" et "A les beaux jours", la parution de ce livre est immédiatement saluée par la critique comme un événement. L'un d'entre eux, Jean-Jacques Marchand, allant même jusqu'à parler du "livre le plus prometteur que l'actualité nous ait proposé depuis "La Nausée" de Sartre." Et il est vrai que ce "nouveau" roman révolutionne le genre.
Si le style lacunaire si spécifique à Beckett -et qui lui vaut d'être sans conteste mon auteur préféré-, n'est ici qu'en germe, son univers s'y épanouit avec une force qui pénètre au plus profond de nous-même. Difficile pourtant d'entrer dans ce roman tant l'écriture "d'une seule traite" et qui bouscule la syntaxe, est inhabituellement dense. Sans concession.
Et pourtant quels délices à vaincre cette difficulté première. Car, une fois votre cerveau accoutumé, Molloy ne vous quittera plus tant est obsédant le style et truculente, la verve du personnage éponyme. Une verve qui touche autant à l'éclat de rire qu'à la déchirure et dont on trouve un exemple parfait dans la citation suivante : "Oui, toute ma vie, j'ai vécu dans la terreur des plaies infectées, moi qui ne m'infectais jamais, tellement j'étais acide. Ma vie, ma vie, tantôt j'en parle comme d'une chose finie, tantôt comme d'une plaisanterie qui dure encore, et j'ai tort, car elle est finie et elle dure à la fois, mais par quel temps du verbe exprimer cela?"
Son histoire, c'est Molloy qui nous la raconte. Avec les hésitations et les flous propres au regard porté sur soi. Sans oublier les vapeurs de la folie et l'ironie propres à Beckett. Et c'est ainsi que nous cheminons aux côtés de ce presque vagabond, au grée des méandres de son esprit aussi tortueux que le verbe qu'il emploie. Le long d'une quête de soi jalonnée d'aventures tantôt absurdes, tantôt grotesques, tantôt triviales. Jamais gratuites. Mais, lorsque, enfin, nous croyons saisir quelques contours de ce personnage dont on viole l'intérieur sans en deviner la silhouette, les perspectives changent. L'identité n'est plus où on croyait la trouver…
Pas étonnant que ce soit avec ce roman que Beckett ait obtenu les galons d'écrivain qui, en 1969, lui vaudront le prix nobel de littérature. Littéralement captivant, ce livre ne peut être qualifié que de génial et je vous invite vivement à lire. Plus particulièrement destiné aux déjà fanatiques de l'univers des pièces de Beckett , qui y découvriront une écriture autre quoique tout aussi efficace. Pour ceux qui n'ont encore jamais lu cet auteur, je leur conseille de commencer par ses pièces, plus "consensuelles" et accesibles.
La trivialité, une question de survie
Sujet peu ragoûtant par excellence, le problême des sanitaires est rarement traité. Il s'agit pourtant d'un enjeu sanitaire de tout premier ordre. A n'occulter sous aucun prétexte, tout particulièrement en ce 22 mars, consacré journée mondiale de l'eau… Le Conseil de l'assainissement et de l'approvisionnement en eau a en effet tiré la sonnette d'alarme, rappelant que "les excréments tuent par millions chaque année". Et un peu plus 6 000 enfants chaque jour. La raison de cette situation innomable ? Alors que bon nombre d'infections mortelles se developpent et se propagent via les matières fecales, plus de 2,6 miliards de personnes sur le planète n'ont pas de toilettes salubres à disposition. Et plus de 1 milliards, aucun accès à l'eau courante ! Un veritable problème de géopolitique et de santé publique qu'il faut prendre d'urgence à bras le corps. Comment continuer à s'en laver les mains plus longtemps ?
Retour d’âge…
Seule sous le soleil et sur un banc, une vieille femme pense… à rien, à tout. Aux oiseaux qui ne chantent que pour elle, et au temps qui passe… Tout doucement, et librement…. Aux propos de son fils aussi. Un retour à l'enfance que la vieillesse ? Une perte d'autonomie en tout cas ! De l'être responsable à la prise en charge, le poids d'une vie en retour de bâton. Accompagné sur le chemin de la mort après celui de l'école, pas forcément facile à accepter. Surtout dans une société dont les repères changent si vite que les générations précédentes semblent immédiatement dépassées. Prêtes à être ensevelies. Plus rien à apporter à ce monde-ci, n'attendre que la fin du sursis… Et l'enfouissement Une fragilité à accepter sous forme de surveillance imposée, certes. Mais pas seulement… La fin des échéances sociales aussi. Le temps retrouvé. Si certains ne le peuvent pas, d'autres n'attendent que ça. Sur un sourire en forme de pied de nez, elle déguste une sucette. Et goûte le monde du même élan. Un retour à l'enfance ? Sûrement ! Mais pas forcément calamiteux…Cesser de courir après un agenda chronométré, et goûter les secondes offertes… Que rêver de mieux ? Friandise au bord des lèvres et regard malicieux au coin des yeux, elle salue l'arrivée de son amie.