Mythes et Moyen-Age au pays du soleil levant
Chef d'oeuvre du cinéma japonais, "Les Contes de la lune vague après la pluie" de Kenji Mizoguchi n'ont pas usurpé leur Lion d'argent au festival de Venise de 1953. Car durant les 1h37 que dure ce magnifique conte initiatique, le réalisateur nous entraîne au fin fond d'un Moyen Age nippon tel qu'on ne se le serait jamais imaginé et qui nous enseigne tant et tant qu'il est dur de le résumer.
Notons tout d'abord que le système des genres cinématographiques japonais n'est pas du tout calqué sur la taxinomie qui a cours à Hollywood (où l'on choisit entre westerns, films noirs, comédies, mélodrames, etc.). Traditionnellement, les Japonais accordent la plus grande importance à la période à laquelle se déroule le récit. Ils distinguent ainsi les drames contemporains (gendaï-jeki) des films d'époque (jidaï-jeki) ou des films Meiji (Meiji-mono)…
C'est à cette dernière catégorie qu'appartient le film de Mizoguchi, au titre si évocateur. Et c'est ainsi que l'on découvre Genjuro et son beau frère Tobe , ainsi que leur épouses respectives, Miyagi et Ohama, tous les quatre paysans au bord du lac Biwa à la fin du seizième siècle. Une bien modeste situation que l'on partage pourtant au bord de l'extase esthétique. Certes, peu de perspectives entre champs et poteries, mais tout pour être heureux … Tout, si ce n'est l'ambition qui ronge les deux hommes en dedans et son pendant extérieur qu'est la guerre qui rôde.
Lorsqu'elle éclate, elle va révéler chez eux des désirs irrépressibles qui vont les pousser à sacrifier leur famille et leur travail en pleine tourmente. Avide de richesse, Genjuro sombrera ainsi dans les bras d'une dame Wasaka splendide mais si inquiétante… Et lorsque penaud, il reprendra le chemin du village pour retrouver sa femme et son fils grandi, il ne retrouvera pas le foyer inchangé. Tout comme son beau-frère, parti lui aussi sur le sentier de la gloire du Samouraï et qui, arrivé à ce statut en tant qu'usurpateur, retrouvera une femme souillée.
Dans cette fresque superbe qui joue du noir et blanc avec un art consommé et nous plonge dans l'histoire comme on n'aurait osé le rêver, Mizoguchi réconcilie imprégnation symbolique, roman initiatique et expérience didactique. Un véritable bijou ciselé de main de maître que ce retour au presque même riche de leçons et sublime d'évocations. Un film à voir absolument, qui n'a pas pris une ride si ce n'est celle de la sagesse et qui nous laisse, presque orphelins de tant de génie(s), le vague à l'âme lorsque le mot fin s'incrit sur l'écran.
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