Les Madrassas, des écoles pour terroristes ?
12 000. C'est le nombre d'écoles coraniques dissminées à travers le Pakistan. Alternative à l'école payante, leur effectif s'élève à quelque 1 million et demi de jeunes, âgés de 5 à 18 ans. Ces chiffres en effraient plus d'un. En effet, si tous les élèves des madrassas pakistanaises ne deviendront pas terroristes, la plupart des kamikazes y ont d'abord fait leurs armes. Londres, Charm El-Cheikh… Dans les deux cas, les soupons des enquêteurs s'orientent ainsi vers le Pakistan, qui apparaît comme le foyer du terrorisme islamiste. Plus particulièrement en ligne de mire, ses madrassas, qui sont considérées comme étant à la base des réseaux fondamentalistes, et dans lesquelles certains kamikazes de Londres ont séjourné. La faute à un certain nombre de théologiens aussi extrêmistes que peu scrupuleux, qui profitent de leur position dominante pour endoctriner de jeunes musulmans. Et ce, en dehors de tout contrôle d'état, ou presque. Ce qui ne doit pas faire oublier que ces écoles sont les seules à offrir un minimum d'éducation gratuite aux nombreux enfants pauvres du pays. Indispensables autant que dangereuses !
Réfractaires aux Westerns ?
JIM JARMUSH
Réalisateur aux multiples succès, Jim Jarmush n’en est pas à son coup d’essai lorsque, en 1995, il présente « Dead Man » au public. Un public qui, de l’émouvant « Stranger Than Paradise » en 1984 au superbe « Night on Earth » en 1991 en passant par l’hilarant « Down by Law » en 1986 (voir filmographie complète à la fin, que je vous épargne ici), a appris à connaître et à apprécier comme un des meilleurs du cinéma indépendant américain, l’univers du réalisateur. Il faut dire que Jarmush ne laisse rien au hasard : dans chacun de ses films, tout est léché jusqu’aux moindres détails. A la limite de l’esthétisant si cela peut être considéré comme un reproche. Gestion incroyable du noir et blanc qu’il affectionne, respect du silence et des images qui confine au contemplatif pictural, bandes originales réalisées par les plus grands, chaque Jarmush se savoure comme un délice. Sans oublier ses castings : Begnini, Tom Waits, Geena Rowlands, Béatrice Dalle, Winona Ryder, tous sont passés sous l’œil de sa caméra. Pour notre plus grand plaisir.
DEAD MAN : SYNOPSIS
A voir s’accumuler tant de succès pour un réalisateur dont je suivais le parcours depuis quelque temps, la sortie de « Dead Man » s’annonçait comme un rendez-vous à ne pas manquer. Et grand bien m’en a pris tant ce film est digne de ses prédécesseurs tout en marquant la faculté incroyable de renouvellement du réalisateur à chacune de ses productions. A croire qu’il excelle dans toutes les formes, depuis le kaléïdoscope d’histoires mises bout à bout (« Night on Earth ») jusqu’à cet étonnant film que l’on hésite à qualifier de Western -même si l’on y rencontre moult « cow boys » et indiens-, tant il est difficilement catégorisable (comme tout grand art). Un film presque stylisé, en noir et blanc, qui se déroule dans les confins de l’Ouest américain à la seconde moitié du XIXe siècle et où Johnny Depp, acteur principal, interprète magistralement le rôle de William Blake. Lorsque s’ouvre le film, nous le découvrons, jeune comptable, la valise à la main, rejoindre l’orient américain de la ruée pour un travail qu’il ne trouvera pas. L’occasion d’un voyage en train quasi silencieux en une succession d’images plus superbes les unes que les autres. Puis la découverte en véritable plongée dans une ville, nouvelle, à la rencontre de ses mœurs insoupçonnées comme une restitution de cette histoire inexistante que l’Amérique se cherche tant. A la rencontre aussi d’un Robert Mitchum plus étonnant que jamais en notable vindicatif qui, à la suite d’un crime et d’un quiproquo tragique, fera poursuivre le jeune Blake de deux de ses tueurs. Commence alors une longue poursuite à travers les vastes étendues californiennes au cours de laquelle nous suivons ces deux êtres dans leur quête du gage et le jeune homme dans sa fuite. Perdu et blessé, il rencontre "Nobody", un étrange Amérindien marginal, qui croit reconnaître en lui le défunt poète anglais du même nom. Tous deux unissent alors leurs chemins pour se rendre côte à côte vers leur destinée improbable, qui amène le spectateur à réfléchir sur les fondements de la loi et les limites de la norme. Une destinée qui fait de Blake, blessé, un hors-la-loi et un tueur, alors que nous voyons son existence physique s'éloigner lentement. Dead man du titre, il l’est tout au long de cette quête, cet homme avec qui l’on souffre dans une extase de beauté et qui, nous emmenant avec lui jusqu’au bord de la rive, nous ouvre des yeux sur bien des choses.
COMMENTAIRE:
Notons, pour l'anecdote, que Iggy Pop interprète un petit rôle dans ce film. Un film à voir absolument, mais en bande originale pour savourer en plus la beauté de la langue que Jarmush déploie. J’espère que, à travers ce voyage initiatique étiqueté « neo-western » mais bien plus que cela (puisque l’on y rit même !), vous ne resterez comme moi, insensibles ni à la beauté des images et des silences, ni à celle de la musique signée Neil Young. Et que cela vous donnera envie d’en savoir plus non seulement sur le film (auquel cas je vous invite à suivre ce lien pour découvrir la bande-annonce : http://membres.lycos.fr/williamblake/), mais encore sur les autres du même réalisateur.
DISTRIBUTION:
•JOHNNY DEPP – William Blake
•GARY FARMER – Nobody
•MILI AVITAL – Thell Russel
•ROBERT MITCHUM – John Dickenson
•GABRIEL BYRNE – Charlie Dickenson
•JOHN HURT – John Scofield
•LANCE HENRIKSEN- Cole Wilson
•MICHAEL WINCOTT – Conway Twill
•IGGY POP – Salvatore "Sally" Jenco
•BILLY BOB THORNTON – Big George Drakilious
•JARRED HARRIS – Benmont Tench
•CRISPIN GLOVER – Train fireman
FILMOGRAPHIE DE JARMUSH :
• "Coffee and cigarettes", avec Roberto Benigni, Steven Wright (2002) • "Ghost Dog: la voie du samourai", avec Forest Whitaker, John Tormey (1999)
• "Year of the Horse" avec Ralph Molina, Frank Sampedro (1997)
• "Dead Man", avec Johnny Depp, Gary Farmer (1995)
• Mystery train de Jim Jarmusch avec Nicoletta Braschi, Youki Kudoh (1989)
• "Down by Law", avec Tom Waits, John Lurie (1986)
•• Coffee and cigarettes I de Jim Jarmusch avec Roberto Benigni, Steven Wright (1986)
• "Night on Earth", avec Gena Rowlands, Béatrice Dalle (1990)
• "Stranger than Paradise", avec John Lurie, Eszter Balint (1984)
• "Permanent Vacation", avec John Lurie, Chris Parker (1980)
Mythes et Moyen-Age au pays du soleil levant
Chef d'oeuvre du cinéma japonais, "Les Contes de la lune vague après la pluie" de Kenji Mizoguchi n'ont pas usurpé leur Lion d'argent au festival de Venise de 1953. Car durant les 1h37 que dure ce magnifique conte initiatique, le réalisateur nous entraîne au fin fond d'un Moyen Age nippon tel qu'on ne se le serait jamais imaginé et qui nous enseigne tant et tant qu'il est dur de le résumer.
Notons tout d'abord que le système des genres cinématographiques japonais n'est pas du tout calqué sur la taxinomie qui a cours à Hollywood (où l'on choisit entre westerns, films noirs, comédies, mélodrames, etc.). Traditionnellement, les Japonais accordent la plus grande importance à la période à laquelle se déroule le récit. Ils distinguent ainsi les drames contemporains (gendaï-jeki) des films d'époque (jidaï-jeki) ou des films Meiji (Meiji-mono)…
C'est à cette dernière catégorie qu'appartient le film de Mizoguchi, au titre si évocateur. Et c'est ainsi que l'on découvre Genjuro et son beau frère Tobe , ainsi que leur épouses respectives, Miyagi et Ohama, tous les quatre paysans au bord du lac Biwa à la fin du seizième siècle. Une bien modeste situation que l'on partage pourtant au bord de l'extase esthétique. Certes, peu de perspectives entre champs et poteries, mais tout pour être heureux … Tout, si ce n'est l'ambition qui ronge les deux hommes en dedans et son pendant extérieur qu'est la guerre qui rôde.
Lorsqu'elle éclate, elle va révéler chez eux des désirs irrépressibles qui vont les pousser à sacrifier leur famille et leur travail en pleine tourmente. Avide de richesse, Genjuro sombrera ainsi dans les bras d'une dame Wasaka splendide mais si inquiétante… Et lorsque penaud, il reprendra le chemin du village pour retrouver sa femme et son fils grandi, il ne retrouvera pas le foyer inchangé. Tout comme son beau-frère, parti lui aussi sur le sentier de la gloire du Samouraï et qui, arrivé à ce statut en tant qu'usurpateur, retrouvera une femme souillée.
Dans cette fresque superbe qui joue du noir et blanc avec un art consommé et nous plonge dans l'histoire comme on n'aurait osé le rêver, Mizoguchi réconcilie imprégnation symbolique, roman initiatique et expérience didactique. Un véritable bijou ciselé de main de maître que ce retour au presque même riche de leçons et sublime d'évocations. Un film à voir absolument, qui n'a pas pris une ride si ce n'est celle de la sagesse et qui nous laisse, presque orphelins de tant de génie(s), le vague à l'âme lorsque le mot fin s'incrit sur l'écran.