Plongeons dans le volcan
MISE EN GARDE ET HERMÉTISME
-A lire les critiques dithyrambiques qui accompagnent ce livre, on ne comprend pas pourquoi « Au-dessus du volcan » ne figure pas dans la liste de nos classiques. « Un chef-d’œuvre comme il n’y en a pas dix par siècle » à en croire « Le Monde », ou encore « une œuvre prodigieuse, bouleversante, impossible à épuiser » si l’on s’en tient à la critique de Maurice Nadeau. Pourtant, la clé de cet anonymat qui entoure le nom de Malcom Lowry n’est pas le fait du hasard et se résume en un seul mot : hermétisme. Tel est en effet l’écueil dans lequel risque de sombrer tout lecteur mal averti.
Car, autant vous le dire tout de suite, quiconque hait la sensation de devoir relire cinq fois le même paragraphe pour en appréhender le sens trouvera assurément dans ce livre son meilleur ennemi.
L’écriture de Lowry, pour être magistrale, n’en est pas moins si exigeante qu’elle s’apparente à l’intransigeance. Lecteurs paresseux et bruits de fond s’abstenir ! Une idée que Maurice Nadeau résume très bien dans l’avant-propos : « Ce chef d’œuvre n’ouvre point ses portes à tous les vents. Il se présente comme un monde clos, hérissé de défenses et entouré de remparts. On n’y peut pénétrer qu’après plusieurs tentatives d’escalade et par effraction. » Indéniable que cette affirmation. Tout autant que celle qui veut qu’il « existe une étrange confrérie : celle des amis de Malcom Lowry » et que « utilisé par certains comme un sésame, son nom est pour d’autres un test qui sépare facilement l’humanité en deux camps ».
Tâchons de débrouiller quelques fils avant de vous laisser tenter de pénétrer son univers aussi luxuriant que labyrinthèsque.
L’HISTOIRE
Tout entier inscrit dans le mysticisme kabbalistique du chiffre 12, improbable fil d’Ariane, ce roman en spirale nous conte en autant de chapitres à l’énonciation mystérieuse, le dernier jour de la vie de Geoffrey Firmin. Un consul en poste à Quauhnahuac et qui, tout imbibé d’alcool qu’il soit et quelque précaire que soit son statut à un moment de rupture diplomatique entre l’Angleterre et le Mexique, cherche à conserver sa dignité,. Plus que sa vie, ce sont les méandres éthyliques de son esprit, la profondeur de ses blessures et le palpable de ses angoisses que le diplomate anglo-indien nous invite à venir toucher. Des blessures enfouies et qui, en ce jour funeste du 1er novembre 1938, vont se réveiller jusqu’à l’engloutir. Un jour des morts qui est justement celui que, un an jour pour jour (12 mois !) après son départ, Yvonne, son ex-femme, choisit pour des retrouvailles que Geoffrey n’est pas près à assumer.
Schéma on ne peut plus rebattu que cette histoire d’amour malheureuse. Topos littéraire bien connu. Et pourtant, dans ce motif romanesque classique, Malcom Lowry puise les ressources d’un roman qui semble renouer avec un univers magique oublié où les symboles prennent vie. A l’instar de ce précipice nommé Barracca et qui borde la vie du Consul comme le ronge en dedans un gouffre, qui finira par avoir raison de lui.
Sans oublier la galerie d’histoires et de personnages secondaires, qui crée tout un jeu de miroirs et d’échos on ne peut plus fascinants. Au point de faire de ce texte un univers complet, sphériquement clos mais à strates infinies. Un univers où l’on ne finit jamais de se replonger avec délectation une fois quelques portes franchies.
L’AUTEUR
Souffrant comme son personnage d’un mal insidieux nommé éthylisme, Malcom Lowry est mort dans l’anonymat le plus total en 1957. Si l’on a bien souvent tendance à cantonner son œuvre à « Au-dessus du volcan », sachez que d’autres textes sont disponibles dans ses œuvres complètes publiées aux éditions Livre de Poche, dans la très bonne collection « Classiques Modernes ». Vous y trouverez romans, poèmes et nouvelles à vous couper le souffle.