Un éléphant, ça touche énormément
Lorsque, en 1980, Mel Brooks confie la direction de "Elephant Man" à David Lynch, ce dernier n'est pas encore le réalisateur excellant dans tous les styles et à multiples succès que l'on connaît, de "Dune" et "Lost Highway" à "Mullholland drive" en passant par "Une histoire vraie".
Lorsque, après son premier long métrage, "Eraser Head", il s'attaque au drame d'un homme difforme exposé dans les foires à la fin du siècle dernier, rien ne laisse présager la reconnaissance derrière l'austérité du sujet. Pourtant, ce sont pas moins de huit nominations pour les oscars dont écope le réalisateur cette même année. Raisons de cet engoument qui ne s'est plus démenti depuis? Une incroyable faculté à capter les émotions en images, qui rend ce fil en noir et blanc de plus de 2h à proprement parler boulversant.
Impossible de sortir inchangé d'une plongée dans cette fable humaniste qui touche avec une économie de mots parfaite au coeur de questions fondamentales telles que le droit à la différence, la dignité, le respect, l'amitié, l'échange ou encore la douleur de la perte. Un film qui ne laisse pas place au larmoyant bien qu'elle prête aux larmes plus qu'au sourire, l'histoire de cet Elephant Man né John Merrick.
Son surnom, c'est à un accident pré-natal qu'il le doit : alors que sa mère est enceinte, elle est renversée par un éléphant et c'est ainsi que John naîtra hydrocéphale. Différent des autres, si différent que l'Angleterre de la fin du dix-neuvième choisit de l'exposer à titre d'exemple. Curiosité contre monstruosité. Reclus dans un barraquement de fête foraine, Elephant Man vit replié sur lui-même pour éviter un peu l'humiliation. Le bonheur des hommes n'est pas pour lui. Pas même un peu de considération si ce n'est déjà la nôtre; absolue…
Jusqu'au jour où le chirurgien Frederick Treves croise son chemin. Impressionné par de telles difformités qu'il souhaite étudier à loisir, ce Dr. achète Merrick et l'arrache ainsi à la violence de son propriétaire tout autant qu'à l'humiliation quotidienne d'être mis en spectacle. Commence alors une autre vie pour lui.
D'autant plus que, alors que, aux vues de ses difformités, le chirurgien pense que " le monstre " est un idiot congénital, il se met à découvrir en cet homme éléphant un être meurtri, non seulement intelligent mais encore doté d'une grande sensibilité. Une découverte qui sera à l'origine d'une boulversante mais pudique amitié, pleine de doutes, de tâtonnements mais surtout de respect mutuel et d'enrichissement réciproque.
Dense comme jamais peut-être avant amitié au cinéma, la rencontre de ces deux hommes sera pourtant de trop courte durée.
Un film bouleversant, à voir absolument. Si convaincant que, pour la petite histoire, c'est en découvrant ce chef d'oeuvre que le producteur Dino De Laurentiis a décidé de choisir David Lynch pour être le réalisateur du film de science-fiction qu'il allait tourner : "Dune, qui sera le troisième long métrage du cinéaste. Avec le succès qu'on lui connait.